mercredi 8 mai 2013

De l'origine du mot étoile


J’ai mis un instant pour repérer la comparaison, mais plusieurs heures pour trouver les arguments en faveur de l’hypothèse et les explications pour les non-avertis.
Mon but est ici de vous convaincre que le français étoile est lié au Miwok *hiʔ- « soleil »...
C’est parti pour le carnage...


Commençons par le français étoile, qui désigne donc tous ces petits points blancs légèrement tremblotants que l’on peut scruter dans la voûte céleste la nuit (plutôt à la campagne de nos jours qu’en ville).


Le français étoile, de l’ancien français esteile ~ estoile, ainsi que toute la famille romane (gallo esteill, italien stella, sicilien stidda [prononcé /ˈʃtiɖ.ɖa/...], espagnol estrella, portugais estrela, occitan estela, sarde isteddu, romanche staila, dalmate stala, roumain stea, etc) proviennent du latin stella. Jusque là, je pense que c’est assez clair.
Non ? Bon, tant pis, vous suivez quand même.


Le mot latin stella provient d’une forme qui ressemble déjà un peu moins à ce que l’on connaît. Le e est long, soit stēlla. Le l géminé, c’est-à-dire le ll, provient de la dissimilation *rl > *ll. On arrive donc à une racine proto-italique *stērlā « étoile », non-attesté pour l’instant dans les autres langues italiques anciennes.
Tout le monde me suit encore ? Oui, à peu près, on a déjà un groupe qui a lâché prise.

Ce même proto-italique *stērlā « étoile » a des correspondants dans les autres langues indo-européennes : le grec astêr « objet céleste » et l’anglais star, donnant chacun respectivement en français astre et star. Le a du grec indique qu’il y avait une initiale *h2.
Bref, on se retrouve en face d’une série indo-européenne *h2stḗr fort bien représentée (elle est juste absente des langues slaves, des langues baltes et de l’albanais). On a ainsi :
- le proto-hellénique *astēr ; présent sous cette forme dans tous les dialectes ;
- le proto-germanique *sternǭ : vieil anglais steorra (anglais star, scots ster), allemand Stern, néerlandais ster, gotique stairno (gotique de Crimée stein), vieux norrois stjarna, etc ;
- le proto-indo-iranien *Hstar- : sanskrit tāra (instrumental pluriel stṛ́bhiḥ), hindi tārā, etc ; avestique stārō, moyen perse starag, persan setâre, ossète st’aly, etc ; le sanskrit pose problème par la chute du s, qui n’est pas un s-mobile ;
- le proto-celtique *sterā (vieil irlandais ser, breton sterenn, cornique sterenn, gallois seren, gaulois Sirona théonyme [? < *stīr-ōnā]) ; aussi vieil irlandais sell « iris de l’œil » et sellaid « voir », moyen gallois syllu « fixer du regard », breton sellout « regarder » (< *stīrlo-) ;
- le proto-anatolien *h2stēr-s : hittite ḫašterz(a) ;
- le proto-tokharien *ścär-iye- : tokharien A śre, tokharien B ścirye ;
- le vieil arménien astł > arménien moderne astġ ;
Le celtique et l’italique partagent un élargissement en -l-. L’arménien semble nous montrer une variante *h2stḗl-, ou alors il s’agit du même élargissement qu’en italique et celtique.
L’évolution sémantique en celtique pour les formes en l sont courantes dans cette famille (déjà le cas du vieil irlandais súil « œil » dérivé par tabou d’une forme du nom indo-européen du soleil).

Le nom albanais de l’étoile est yll ; ce terme provient d’une racine signifiant « brûler », *h1eus- (présent *h1éus-e- : latin uro « brûler, roussir », grec heuô « brûler », sanskrit védique óṣati « brûler quelque chose »), par un dérivé *h1us-li- (donnant le proto-albanais *usli) que l’on retrouve dans le vieil anglais ysle « cendres brûlantes ». Certains rapprochent plutôt la racine du soleil *seh2wol-, donnant un proto-albanais *sūlo.

Le nom gaélique actuel de l’étoile est dérivé du vieil irlandais rétglu, devenu rétlu en moyen irlandais ; les réflexes modernes sont l’irlandais moderne réalta [ˈɾˠeːl̪ˠt̪ˠə], le manxois rolt, l’écossais reul /r̴eːɫ̪/. Pour compliquer encore la chose, l’écossais utilise aussi rionnag « étoile » /rʲuːnak/. Le tout est d’origine inconnue, bien sûr.

En balte et en slave, le nom de l’étoile est de même origine ; soit une racine indo-européenne attestée nulle part ailleurs, soit un emprunt substratique.
- proto-slave *gvĕzda : tchèque hvězda, slovène zvezda, slovaque hviezda, russe zvezda, polonais gwiazda, bélarusse zvjazda, croate zvijezda, macédonien dzvézda, polabe gjozdă ;
- proto-balte : lituanien aukštaitique žvaigždė [ʒʋɐjɡʲʒʲˈdʲeː], lituanien samogitien žvaiždie, lituanien dialectal znaizdė ~ žvaiždė ; letton zvaizde ~ zvàigzna ~ zvàigzne ~ zvàizne ; lituanien gvegždátė « petite étoile » ;
Le terme balte présente une vélaire interférentielle inexplicable.


Prêts pour la suite ? Là je crois qu’on n’a plus personne, maintenant. Si vous voulez, faites une pause dans la lecture.


Allons encore plus loin maintenant. Tous les linguistes ne sont pas unanimes sur ce point, mais le nom de l’étoile est en fait un composé de la racine *h2eh1s- « brûler ; briller ; dessécher » et du suffixe des noms d’agent *-tḗr. L’étoile est ainsi « la brillante ». Ce n’est pas nouveau, sémantiquement parlant.
Tous les linguistes ne sont pas unanimes car le sens de la racine était, au temps de sa reconstruction, « dessécher », d’après les réflexes sémantiques des langues ayant conservé la racine, mais il y a également beaucoup de « brûler ».
Les réflexes attestés de cette racine sont les suivants :
- racine sans élargissement :
     anatolien : hittite ḫāšš- « cendre, poussière, savon » ;
- avec élargissement *h2eh1s-h2- « foyer » :
     proto-italique *āsā « autel sacrificiel » : latin ara (vieux latin asa) ; ombrien acc sg asam,  abl sg asa, loc sg asa ; osque loc sg aasai, nom pl aasas, acc pl aasass ; *s aurait dû devenir r en ombrien, mais le texte d’où le mot est tiré est une copie d’un plus ancien où l’évolution ne s’était peut-être pas encore faite ; remarquons l’évolution sémantique italique « foyer » > « autel sacrificiel » ;
     anatolien : hittite ḫāšša « foyer » ;
     indo-iranien : sanskrit ā́sa- « cendres, poussière fine » ; khotanais astaucä « pays sec » ;
     germanique : ancien haut allemand essa « cendre » ; runique aRina « cendre » ;
- avec élargissement *h2eh1s-g- :
     proto-germanique *askǭ « cendre » : vieil anglais æsce (anglais ash), allemand Asche, néerlandais as, vieux norrois aska, gotique azgō ;
     vieil arménien ačiwn « cendres » (< *aski-iōn) ;
- avec élargissement verbal *h2h1s-gʰ- :
     vieil arménien azazem « faner, sécher ; (médiopassif et intransitif) pousser sec ou mince, fâner, sécher sur pied, se tarir », avec redoublement de az- ;
- avec élargissement verbal essif *h2h1s-h1yé- « être sec » :
     proto-italique *ās-jē- « être sec » : latin areo « être sec » > aridus « sec, aride » (> ardeo « brûler » > ardor « en feu, feu »), arefacio « rendre sec », adarescere « devenir sec » ;
     tokharien « il est desséché » : A asatär, B osotär ;
Il est possible que le latin area « espace ouvert » soit apparenté, par « un espace nettoyé par le feu ».


Nous pouvons encore faire un pas. Encore moins de linguistes soutiennent cette hypothèse, celle du Lexikon der Indogermanischen Verben de Helmut Rix (que j’ai trouvé sur Internet... je vous le recommande, mais il est en allemand), qui considère la possibilité que *h2eh1s- est en réalité un élargissement en *-s (peut-être un inchoatif) d’une racine *h2eh1- « brûler, être chaud ».
Je suis de mon côté partisan de cette hypothèse.
Cette même racine a par ailleurs une certaine descendance en français : atroce par exemple.
Voici les réflexes :
- anatolien : palaïte 3sg hāri, 3pl hānta « être chaud » ;
- avec élargissement *h2eh1-ti- :
     proto-celtique *āti « four » : vieil irlandais áith ; moyen gallois odyn ; cornique Oden-colc (toponyme) ;
- avec élargissement *h2eh1-tr- « cheminée » (ablaut alternant [*h2éh1-tr, *h2h1-tr-ós] possible) :
     proto-italique
          *ātr-o- : latin ater « noir » > atrium « première salle importante dans une maison romaine » (l’atrium contient la cheminée), ombrien adro « noir » ; le sémantisme est évident : « comme une cheminée » > avoir la couleur d’une cheminée, noir ».
          *atrōkʷ- : latin atrox « affreux, féroce », atrocitas « sauvagerie, horreur » ; il s’agit d’un composé de *h2eh1-tr- et de la racine *h3ekʷ- « voir », c’est-à-dire *h2h1-tr-o-h3kʷ- « ayant un aspect noir » ;
     proto-iranien *ātr- : avestique ātarš « feu » ;


Maintenant posons l’équation suivante :
Indo-Européen *h2eh1- « brûler, être chaud, briller » = Miwok *hiʔ- « soleil »
Du point de vue sémantique, il n’y a rien à redire, car l’équivalence « brûler » = « soleil » n’est plus à prouver, tant les exemples dans les diverses langues du monde sont nombreuses ; et le soleil est une étoile, les deux brûlent et brillent, la boucle est bouclée.
Ce qui va nous intéresser concerne surtout la forme indo-européenne, qui pour la première fois dans ce que je vous montre, ne contient que des sons inconnus ! Ou presque...
Je vous rappelle qu’on appelle ces sons, consonantiques, des laryngales, et qu’on ignore leur prononciation exacte, sachant qu’elles n’ont été conservées que sous forme de voyelles dans les langues attestées, hormis les langues anatoliennes qui ont gardé trace de vraies consonnes. On ne peut qu’imaginer vaguement selon des correspondances avec les langues sémitiques quel type de consonne a pu provoquer des colorations de voyelles ; certaines consonnes sémitiques colorent les voyelles d’une manière proche de ce qui a pu arriver en indo-européen tardif.
On en arrive aux faits.
Commençons par *h1, plus facile ; d’après les faits anatoliens (palaïte) sur la racine *h2eh1-, c’est-à-dire ici une chute de cette laryngale et allongement compensatoire, il semble que l’on peut affirmer que *h1 correspond à l’arrêt glottal ʔ ; il est possible que l’arrêt glottal était prononcé par ces peuples, mais dans ce cas, ils ne l’écrivaient pas.
Pour *h2, noté h dans l’exemple palaïte, les candidats possibles sont plus nombreux ; actuellement dans les langues sémitiques, ce sont des consonnes fricatives pharyngales et épiglottales ħ, ʕ, ʜ, ou ʢ qui peuvent colorer une voyelle en a ; certains pensent aussi à une fricative uvulaire χ ; le linguiste Rasmussen penche pour une fricative vélaire x (qu’on entend dans la jota espagnole). C’est cette dernière hypothèse que nous allons pour le moment conserver.


Ainsi l’on peut reconstituer *xeʔ- « brûler » pour l’indo-européen. La correspondance avec le Miwok n’est même plus à vous expliquer tant elle est parfaite : 
*xeʔ- « brûler » = *hiʔ- « soleil »
La fricative vélaire a simplement évolué vers une fricative glottale en miwok ; c’est la même chose dans les langues germaniques actuelles (par exemple : indo-européen *k > germanique *x fricative vélaire > anglais/allemand/autre h fricative glottale).
Nous avons pu voir, par ailleurs, que les laryngales avaient probablement plusieurs réalisations possibles. Ainsi *h1 est à la fois l’arrêt glottal ʔ et la fricative glottale h, selon qu’il est ou non attesté par h en anatolien. De même *h2 pouvait être x ou bien une pharyngale ʕ (comme nous l’avons vu dans l’article consacré au nom de l’aube avec la correspondance pharyngale en indo-européen *h2eus- « briller » (ou *ʕew-s- si vous préférez) / glottale en miwok *ʔaw- « poindre »).
Je n’ai plus qu’à trouver une autre langue utilisant une racine proche pour le même champ sémantique. Mais on verra cela plus tard.


L’hypothèse formulant que l’indo-européen *h2stḗr « étoile » serait un emprunt au sémitique *ʕaθtār « étoile du Berger » ne tient plus du tout ; pour le coup, je préfère ce que nous avons vu dans cette démonstration.


Nous avons pu voir des rapprochements entre mots inattendus en français : étoile, star, astre, aride, atroce.


Enfin, on remarquera que dans le mot français étoile, il ne reste en fait plus rien de la racine *xeʔ-, qui, par toutes les évolutions phonétiques subies, a complètement disparue :
**xəʔ-s-tḗr- > *xəs-tḗr- > *stēr-lā > stella > esteile ~ estoile > étoile.
La racine, c’est donc ce qui se trouve entre le é et le t...


Que le monde de la linguistique est passionnant !
Cela dit, tous les linguistes ne seront pas d’accord avec moi, et ils auront certainement raison !


Bien, espérant vous avoir convaincu en moins de mots que dans certaines de mes emphases comparatives, je retourne vaquer à mes occupations... j’ai écrit ceci dans le TGV de retour de Saint-Jean-de-Luz (même s’il n’est pas publié le jour de mon retour), et je vous avoue être un peu fatigué... oui c’est incroyable, je peux être fatigué...

Annexe à l'article sur l'origine du mot Noël


Depuis que Noël est passé, j’ai décidé de faire une très grande mise à jour de l’article consacré à l’origine du nom de cette fête. Je vous conseille de la lire avant de continuer ici.

Cette annexe provient d’une conversation avec un de mes chers commentateurs.
Si vous avez tout compris, la racine originelle est donc *ǵenH1- « naître, produire », donc *gʲenʔ- selon ma pensée.
Considérons maintenant une forme en particulier, celle du sanskrit « épouse ». Cette forme est jāyā. Il signifie littéralement « celle qui enfante ».
Il s’agit d’un déverbatif (c’est-à-dire la transformation d’un radical verbal en un nom) d’une racine verbale jāy-a- (présent jā́yate « il est né »). Cette forme verbale s’analyse jā-y-a-, -y- étant la marque de la quatrième classe de verbes et -a- la voyelle thématique.
La forme indo-européenne contient ici une « consonne vocalique ». Ces consonnes, nommées aussi consonnes syllabiques, ont été reconstruites dans certains cas à cause de la flexion de la langue, qui provoquait des alternances vocaliques degré plein e/o ~ degré long ē/ō ~ degré zéro, que l’on appelle également gradation vocalique ou ablaut. Ces alternances sont très fréquentes dans la flexion indo-européenne, verbale et nominale ; dans les langues modernes, on en garde des traces, par exemple avec le verbes forts des langues germaniques (souvenirs des cours d’anglais et d’allemand...). La réalisation de ces consonnes particulières
Les consonnes syllabiques sont uniquement possibles pour *l *r *n et *m. Selon les langues, les réflexes sont différents ; ainsi un *l̥- donnera *ar ~ *al en indo-iranien, al en grec, *ol en italique, *ul en germanique, *il en balte ; un *n̥- aura par contre tendance à tomber plus facilement selon les langues, et donne *a en indo-iranien, a en grec, *un en germanique, *in en balte. Dans le cas des laryngales dans un ablaut à degré zéro, elles devaient être prononcées avec un réflexe vocalique alternant avec le réflexe consonantique.
On reconstruit *ǵn̥H1-y-e/o- pour le verbe, qui est une des formations du présent. Il donne *j́aH-y-a- en indo-iranien. Avec mes propositions de reconstructions, on arrive à un indo-européen *gʲenʔ- pour le radical originel, et donc *gʲənʔ-y-e/o- pour cette forme de présent.

Allons maintenant en Grèce, et occupons-nous de Gaïa.
Dans la cosmogonie d’Hésiode, Gaïa, la Terre, est né du Chaos. Elle a engendré Ouranos (le Ciel) Pontos (la Mer) et Ouréa (les Montagnes). Unie à Ouranos, elle donne naissance aux Titans et aux Titanides, ainsi qu’aux Cyclopes et aux Hécatonchires. Cronos, le dernier-né des Titans (qui émascula Ouranos), est le père des dieux de l’Olympe, dont Zeus. Elle est une déesse primordiale, identifiée à la « Déesse-Mère » ; elle est l’ancêtre maternelle de toutes les divinités du panthéon et de beaucoup de créatures.
On en est même au point qu’on confond le panthéon primordial avec le contenu donné par l’ouvrage ! D’autres cosmogonies nous donnent d’ailleurs une autre version. Pour Homère par exemple, ce sont Océan et Thétys qui seraient les parents de tous les dieux, rattachant leur naissance à la mer et à l’eau.
Revenons à la Théogonie d’Hésiode et à Gaïa.
Les étymologistes sont sceptiques, car ce mot n’a pour le moment aucune origine. Sa forme nominale commune est , qui nous donne tous nos dérivés français en géo- ; la forme nominale est une contraction du nom Gaïa > gaa > gâ en dorien > en attique.
Si Gaïa a été considérée comme la déesse-mère, c’est parce que (selon la Théogonie d’Hésiode) elle a engendré et enfanté tout ce qui est vivant.

Je pense que vous voyez où je veux en venir.
Et s’il était possible de rapprocher de rapprocher ces deux termes ? En effet, en sanskrit jāyā « épouse » est littéralement « celle qui enfante ». Chez les Grecs, Gaïa est considérée (dans le cas de la Théogonie d’Hésiode) comme la mère de tout ce qui vit.
Après ces constatations sémantiques, observons la forme des deux mots. Nous pouvons constater une très nette ressemblance entre les deux termes. Alors à quel point peuvent-ils hypothétiquement issus d’une même source indo-européenne ?
Pendant un moment, j’ai cru qu’en fait je m’étais trompé, car l’évolution n’aurait pas été possible. J’avais oublié la laryngale...
Revenons donc à la forme reconstituée de présent *ǵn̥H1-y-e/o-. En grec : 
- la consonne devient un simple g en grec
- s’il n’y avait pas eu de laryngale, la consonne syllabique *n̥ suivie de *y, soit *n̥y, aurait donné ain en grec, et non pas ai ; la laryngale a isolé le *n̥, devenu normalement a.
-le *y a été conservé dans le théonyme, contrairement à l’usage habituel de la plupart des dialectes grecs ; cela peut indiquer que Gaïa est une forme très ancienne, antérieure à la chute du *y, qui a été fossilisé, tandis qu’une forme populaire a coexisté et a évolué normalement.
- la désinence -a en attique est possible puisque c’est un i qui la précède (une des premières règles qu’on nous apprend en cours de grec ancien au collège, pour les noms de la première déclinaison) ; la variante ionienne est Gaïê.
On peut reconstituer une forme *ǵn̥H1-y-eH2- « celle qui enfante ».

La seule objection à cette belle hypothèse : Gaïa fait-elle véritablement l’objet d’un culte à date ancienne en Grèce ? Certainement que oui, on en a la preuve par des inscriptions mycéniennes.
Si, une deuxième objection, phonétique : la laryngale, tout en séparant le n syllabe, n’aurait-elle pas dû provoquer un allongement vocalique de la voyelle résultante (qui a eu lieu en sanskrit) ? la voyelle est brève dans Gaïa.

Je vous laisse réfléchir à ce sujet.

mercredi 1 mai 2013

Absence du 1er au 7 mai


Je sais, ce n’est pas très long, je serai bientôt de retour, mais je voulais simplement vous prévenir, contrairement à la dernière fois (Fontfroide), de mon absence.
Je serai à Saint-Jean-de-Luz durant ces quelques jours, non pas pour l’Académie Ravel, mais pour le Printemps de l’Académie Ravel, réservé aux candidats de l’Académie ayant remporté le prix de l’Académie (ce qui était mon cas en 2012), ainsi que, pour cette année, le quatuor vocal qui avait lui aussi remporté un prix (dont le nom m’échappe).
Au programme de cette semaine musico-musicale : la 3ème Sonate pour violon seul d’Ysaye ; la Sonate pour violoncelle seul de Crumb ; le Faschingsschwank aus Wien de Schumann et deux des 4 Ballades op. 10 de Brahms pour piano seul ; le Quatuor avec piano K. 478 de Mozart ; le Trio élégiaque op. 9 de Rachmaninoff ; les Liebesliederwalzer de Brahms ; les Spanischen Lieder de Schumann...
Avec :
   Violon : Chi Li
   Violoncelle : Ella van Poucke
   Piano : Julie Alcaraz et moi-même
   Alto : Miguel da Silva
   Quatuor vocal : Nathalie Morazin, Pauline Leroy, Martial Pauliat, Igor Bouin

A très vite !

mardi 23 avril 2013

Agenda du mercredi 24 avril


Attention, y a du lourd, comme on dit, pour ce mercredi 24 avril...
2 concerts en une journée !

Le premier est le concert des classes de composition de Michel Merlet et d’Edith Lejet à l’Ecole Normale, Salle Cortot. 
Celui-ci aura lieu à 12h30, métro Malesherbes pour ceux qui ne connaissent pas le coin. J’aurai le plaisir d’y jouer les trois dernières Etudes symphoniques de Michel Merlet, toutes fraîchement préparées pour l'occasion (bien que je jouerai les autres à diverses occasions).

Le second est un concert où on ne me verra pas et où on m’entendra peu...
J’ai pour rôle de tenir la partie d’harmonium en coulisse (et non pas à coulisse, déjà que c’est dur de pédaler...) ainsi que la partie d’orgue (mais à l’harmonium, car les orgues de l’église sont inaccessibles pour des raisons de diapason et d’autorisations des titulaires) dans La Vierge de Jules Massenet.
D’ailleurs à l'heure où je publie, je m’apprête à partir pour la générale publique...
Le concert aura lieu à 20h30, à la cathédrale Notre-Dame, métro Cité.

Au plaisir de vous y voir nombreux malgré une publicité quelque peu tardive.


Mise à jour du 25 avril :
Bon, j’imagine que, avec seulement 8 vues sur cet article au moment où je rédige la mise à jour, vous ne deviez pas être très nombreux pour venir écouter...
Dommage, c’était amusant à Notre-Dame... On avait tellement envie que la session d'orchestre (qui valait le coup pour qui souhaitait jouer à Notre-Dame) soit définitivement terminée qu’on a presque bâclé le concert... A tel point qu’avant le raccord de l’orchestre de coulisse (auquel j’appartenais), avec un ami percussionniste, on s’est mis à faire une transcription pour harmonium en coulisse et timbales sur scène d’Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, avec tout le sérieux requis, et 25 mètres de distance. Au moins, on m’a remarqué pour quelque chose dans cette œuvre...

dimanche 14 avril 2013

Concert de la classe de composition de la Schola Cantorum


Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour cette longue absence sur le blog, mais voyez-vous, j’ai eu beaucoup moins de temps pour rédiger un quelconque article (bien que certains sont en préparation et bientôt publiés), et par conséquent une perte d’intérêt pour la rédaction. J’ai été, du 23 mars au 1er avril, loin de Paris, à l’abbaye de Fontfroide, avec le Chœur Grégorien de Paris, pour profiter d’un grand moment de spiritualité et de partage culturel, parmi les oiseaux et les montagnes, de la pollution urbaine et de l’Internet...

Pour la seconde année, je vous convie au concert de la classe de composition de Michel Merlet à la Schola Cantorum, demain lundi 15 avril (oui je sais, je préviens un peu tardivement !) à l’Auditorium César Franck à 19h30. Un programme diversifié, avec du piano solo, du hautbois solo, du quatuor à cordes et autres ensembles de musique de chambre, et Prélude, Interlude, Postlude de Michel Merlet, avec Jérémy Genet au violoncelle.

Venez nombreux !

mercredi 6 mars 2013

De l'art de l'humour en musique


Je citerai avant tout l’excellent article sur le blog Carnets sur sol, dans lequel on trouve une belle compilation d’éléments provoquant l’humour : le texte, l’orchestration, les figures musicales, les moqueries pour les musiciens, les références ; ici : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2008/12/18/1090-l-humour-en-musique-i-nomenclature-et-premiers-exemples pour la partie I, là : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2009/01/17/1107-l-humour-en-musique-ii-intermezzo-de-richard-strauss pour la partie II, et quelque part : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2009/01/22/1117-l-humour-en-musique-iii-zampa-et-don-giovanni-deux-pirates- pour la partie III.

     I. Mozart, Plaisanterie musicale
Bien que déjà évoquée dans Carnets sur Sol, j’aimerai revenir sur le meilleur pastiche de l’histoire de la musique. En tout cas vous le faire découvrir si vous ne le connaissez pas.
Mozart tente, sans trop de problèmes évidemment, de caricaturer les clichés stylistiques de son époque utilisés par des compositeurs de moindre génie (on est en droit de le dire), que vous saurez repérer sans difficultés. Notables sont les fausses notes véritablement écrites dans la partition, référence aux cors naturels. Et enfin, dernière moquerie de ce cher Wolfi, une superposition de 5 tonalités sur les trois ultimes accords, dignes d’un Stravinsky...
Et maintenant, une interprétation, avec la partition qui défile :



     II. Hindemith/Wagner
Moins connue, je pense, est cette récriture de la part de Paul Hindemith de l’ouverture du Vaisseau Fantôme de Wagner, pour quatuor à cordes, intitulée Overture on “The Flying Dutchman” as it is Performed by a Terrible Health Resort Band at 7 am at the Village Fountain » (1925), littéralement « L'ouverture du “Vaisseau Fantôme” comme exécuté par un mauvais Orchestre de Station thermale à 7 heures du matin à la Fontaine de Village ; certains éditeurs rajoutent même en lecture à vue...
Hindemith rajoute tout simplement des fausses notes et des erreurs de rythme...
Un chef-d’oeuvre...




     III. le Festival Hoffnung
Gérard Hoffnung était un musicien et dessinateur allemand, très connu pour un festival de musique décalé qu’il organise au Royal Festival Hall de Londres en 1956 et 1958. Ce sont bien sûr des musiciens sérieux qui jouaient. Parmi les compositions écrites pour l’occasion, on notera par exemple celles de Malcolm Arnold (le compositeur de la musique du Pont de la rivière Kwaï, pour info), comme : la Grande, Grande ouverture op. 57 pour 3 aspirateurs, 1 machine à cirer, 4 fusils et orchestre, dirigée ici en 2009 avec David Robertson en tête :




Ou bien l’Ouverture Léonore IV :



Autrement mémorable, cet arrangement de Donald Swann de l’Andante de la Symphonie surprise de Haydn :



Assez courants dans ses concerts, les pièces mélangeant pleins d’oeuvres du répertoire, comme le Concerto Popolare de Franz Reizenstein :


Ce serait amusant si vous pouviez trouver tous les thèmes de concerti présents ici...
On a aussi l’Orchestral Switch :
Là aussi, combien pourrez-vous identifier d’oeuvres ?


Parfois c’est tout simplement la durée de l’oeuvre qui prête à sourire... comme l’oratorio Belshazzar’s Feast de William Walton, qui n’est constitué que d’une seule note : le mot Slain ! (« tué ! ») hurlé par le choeur...
On trouve encore le Concerto pour tuyau d’arrosage et cordes, l’opéra Let’s Fake an Opera (en référence à Let’s Make an Opera de Britten), ou encore The Tales of Hoffnung...

Il existe aussi ceci :








     IV. PDQ Bach
Le cas PDQ Bach est vraiment très spécial. Il est né le 5 mai 1807 à Baden-Baden-Baden et mort le 31 mars 1742 à Leipzig... Il serait le vingt-et-unième des vingt fils de Jean-Sébastien... 
Bien entendu PDQ Bach n’existe pas, il s’agit de Peter Schickele.
Quelques oeuvres : la Sonata Innamorata pour piano à 4 mains (commandée par Casanova) et la Sonate abbassonata pour bassoniste sachant jouer du piano, la cantate Iphigénie à Brooklyn, l’opéra The Stoned Guest en un demi-acte, le Pervertimento pour cornemuses, bicyclette et ballons, le Concerto pour piano contre orchestre, la Fanfare for a Common Cold (en référence à la Fanfare for the Common Man de Copland), la cantate canine Wachet arf !, la Missa Hilarious, le Prelude to Einstein on the Fritz (double référence au Clavier bien tempéré et à l’opéra Einstein on the Beach de Philip Glass, ou comment faire du Jean-Sébastien Glass...), le Concerto pour cor et hardart (je ne sais toujours pas ce que c’est, mais il y a une référence à la compagnie de restaurants Horn and Hardart de Philadelphie et New York), l’oratorio OEdipus Tex, ou encore Eine kleine Nichtmusik. Il est également l’auteur du seul duo pour violon et tuba...
Il a même développé un instrument entre le trombone et le basson, intraduisible en français, mais que je vais nommer trombon pour rester proche de la version anglaise... Sous un autre nom, Gérard Grisey avait développé un instrument similaire pour un effet sonore dans Partiels...
Je vous propose en vidéo :
     l’opéra The Abduction of Figaro, si vous avez le courage de le regarder en entier...



     son Schleptet :



     un extrait de Eine Kleine Nichtmusik :



     le Récitatif et Aria de la cantate Blaues Gras :



    et même le O.K. Chorale...



     le deuxième mouvement de la Sonata innamorata :



     V. L’humour visuel
Avec Hoffnung, nous étions en Angleterre, où la culture musicale est très élevée. En France ce n’est malheureusement plus le cas, et on préfère l’humour visuel.
Tout le monde connaît au moins les spectacles de Laurent Cirade et Paul Staïcu Duel :








Leur site internet : http://www.duel.fr/

Mais aussi le Quatuor qui tourne depuis 30 ans déjà ; un extrait :



Ou bien le duo Igudesman and Joo, aujourd’hui incontournable dans le domaine. Parmi tous leurs sketches :
     Mozart Bond



     Rachmaninov had big hands



     Ticket to Ride



     I will survive






     The Cyber Conductor


     Riverdancing Violonist


     Many Spring Sonatas


     Piano Lesson


     Alla Molto Turca


Leur site internet : www.igudesmanandjoo.com

J’espère que ces petits moments d’humour vous feront passer de bonnes vacances !

samedi 2 mars 2013

Quelques annonces

Je sais que vous en voulez plus, toujours plus...
Mais voyez-vous, j’ai peu de temps pour me consacrer à ce blog en ce moment.
Les causes, je les ai déjà évoquées dans un article précédant.
Il y a d’autres raisons à cette absence :
premièrement, je suis en train, depuis plusieurs semaines déjà, de mettre à jour l’article consacré à l’étymologie du mot Noël, après plusieurs recherches pour vérifier les contenus ; beaucoup de corrections, d’ajouts de lexique et de formes fléchies, qui l’ont considérablement rallongé.
deuxièmement, je procède à une refonte complète de la série consacrée au gamelan javanais ; je compte en effet donner une découpe différente, afin de raccourcir les articles, donc de les rendre plus faciles d’accès, et de vous éviter une migraine à leur simple lecture ; dites-moi si cela vous convient.
j’ai un certain nombre d’articles en réserve, pour lesquels je prends mon temps.
quelques problèmes de mise en forme à régler à cause des normes de Blogger.
et puis, tout simplement, mes priorités sont mes études au Conservatoire ! les vacances de printemps sont donc providentielles, car j’aurais un peu plus de temps pour vous publier du contenu ; au programme : du gamelan, de la rhétorique baroque, des surprises (si j’ai le temps)...
Donc ne vous inquiétez pas, je suis toujours présent.

samedi 16 février 2013

Rediffusion des concerts des Folles Jounées de Nantes

Bonjour à tous ! Cela faisait bien longtemps que je n’étais pas revenu sur ces pages. Heureusement, je ne les ai pas abandonnées, et aucune toile d’araignée en vue…
Ces dernières semaines furent assez riches en évènements plus ou moins importants, comme les Folles Journées de Nantes ou des sessions de direction d’orchestre à accompagner.
Il n’y eut donc quantité de contenu à lire comme vous l’attendiez, assoiffés de savoir. J’en suis navré. Mais vous me comprenez, j’imagine.

Si vous vous rappelez bien, je vous avais informé de l’enregistrement d’un de nos concerts par Arte. Celui-ci a été diffusé sur le Web, et il est encore disponible pendant 166 jours à partir de la date de publication de cet article, ici le 16 janvier 2013.
Si vous souhaitez le conserver avant sa disparition de la toile, trouvez un moyen de le télécharger ; je vous en propose un, c’est le petit logiciel gratuit Captvty, qui est vraiment très performant. Profitez-en aussi pour regarder les autres vidéos et avoir un bon aperçu de ces journées folles (je sais, je ne suis pas en forme du tout…).
Bon visionnage à tous !

Prochainement :
     la deuxième partie des épisodes consacrés au gamelan javanais
     un article d’introduction à la rhétorique dans la musique ancienne
     quelques articles de comparaison, mais pas trop

samedi 26 janvier 2013

L'agenda du 26 janvier au 1er février 2013

Sous l’impulsion de mon professeur de piano, Jean-François Heisser, je vais participer en tant que clavier d’orchestre à plusieurs prestations de l’Orchestre Poitou-Charentes qu’il dirige, pour un programme consacré à la musique espagnole, en particulier à Manuel de Falla, avec notamment L’Amour sorcier dans sa première version et avec chanteuse de flamenco ; je serai en alternance avec Marie-Josèphe Jude qui jouera également la Rhapsodie symphonique de Joaquin Turina.
Dans le reste du programme, sans piano d’orchestre : la Fantaisie bétique et Les tréteaux de Maître Pierre de Manuel de Falla.
Tout cela est dans le cadre des Folles Journées.
Pour les dates des concerts :
-          Pour les « Folles Journées en région » :
le 26 janvier au théâtre de Saint-Nazaire à 15h
le 26 janvier au Manège de La-Roche-sur-Yon à 21h
le 27 janvier au Théâtre Saint-Louis de Cholet à 15h30
le 27 janvier à la Grande Halle e l’Espace René Cassin de Fontenay-le-Comte à 19h15
-          Pour les « Folles Journées de Nantes » :
le 31 janvier à la Salle Proust à 23h
le 1er février à la Salle Proust à 10h45
le 1er février à la Salle Cocteau à 20h15
Pour information, les concerts du 1er février seront rediffusés sur la chaîne de télévision Arte. A regarder si vous n’étiez pas à Nantes.
Lecteurs parisiens et non-poitevins-nantais, faites venir un peu de monde !
Ou bien regardez la télé…